Promesses Électorales: En Mai, Fais Ce Qui Te Plaît, No Money, No Job

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Le « No Money, No Job » du Premier mai est d’autant plus surprenant qu’il n’est pas sans rappeler les promesses électorales du candidat Macky Sall de créer un million d’emplois s’il était réélu. Mais cela, c’était en février. Le Sénégal devra pourtant doubler ses effectifs en rationalisant, c’est-à-dire en misant sur le tout numérique, afin de disposer d’une réelle administration de développement.

En mai, no money, no job.

La douche écossaise du président Macky Sall en ce Premier mai fête le travail… au repos : pas de nouvelles créations d’emplois, du moins pour l’État dont ce n’est le rôle et, devant les pressions du Fonds monétaire internationalpas de hausse de salaire prévue non plus, toujours dans la Fonction publique.

Parce qu’il y a manque et l’institution internationale veille ; déjà, en octobre 2018, le Fmi avait averti sur un probable trou béant dans les finances publiques avec « la baisse de recettes notées en septembre et un manque à gagner de l’ordre de 115 milliards de francs Cfa d’ici la fin de l’année » (Michel Lazare, chef de mission pour le Sénégal). Le président Macky Sall  a reconnu le Premier mai dernier le manque à gagner en plus de « dérèglements » dans le système de « rémunération » en fonction du niveau d’études.

 

Le ministère de la Fonction publique a alors cherché à « mettre en œuvre une politique appropriée de rémunération dans l’administration publique, s’appuyant sur une organisation optimale et une gestion rationnelle et valorisante des ressources humaines », avec à l’esprit  la lutte contre « une relative démotivation des agents, ce qui a affecté la qualité des prestations de service public » (1). Il faudra juste éviter le piège des années 80.

 

Vers la fin des années 80 en effet, le Sénégal s’était essayé à une restructuration de son système bancaire et de son effectif avec un dégraissage de l’Administration forte à l’époque de 65.000 fonctionnairesLes départs négociés et mal réussis ont bouleversé la vie sociale, culturelle et économique : l’Éducation (échecs, abandons), la Santé (mentale surtout), la cellule de base de la société ont connu des bouleversements d’autant plus appréciables que les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et Fmi) avaient imposé des programmes d’ajustement qui ont déstructuré les sociétés africaines pour longtemps et dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui : la dislocation de la famille, la distanciation des relations sociales et le souci de se réaliser ailleurs face à la délicatesse de la situation socio-économique, …

 

La question que se posent certains hauts fonctionnaires est celle-ci, en réaction au discours va-t-en guerre du Premier mai dernier : le Sénégal peut-il soutenir qu’il a trop de fonctionnaires (130.000) pour une population de 15 millions d’habitants ? Répondre par la rémunération fausse toute étude sérieuse qui privilégierait  ainsi la toute puissance de l’État (napoléonien) avant la satisfaction de besoins primaires des administrés.

 

Passée la période de la campagne et de la présidentielle de février 2019, le chef de l’État reconnait sur le tard que la gabegie des années libérales s’est maintenue durant le septennat : le Sénégal compte plus du double de personnel administratif que sous Abdou Diouf (130.000 fonctionnaires pour 15 millions d’habitants), paie aujourd’hui mille milliards de salaire annuel, en dehors du coût de l’État (2.000 véhicules achetés durant cette période de libéralisme outrancier pour 500 milliards de Cfa, 40 milliards pour le carburant et les lubrifiants, en dehors de l’aspect papivore de l’administration).

Mais si, au fond, le problème de l’administration résidait plus dans le contact avec le citoyen et les frictions qui en résultent dans le service public ?

En partant du ratio et de l’impact du travail des fonctionnaires et/ou agents de l’État, certains analystes invitent à étudier ces relations  depuis Fongolembi avec, par exemple, l’agent des services agricoles dont le paysan sénégalais ne peut se passer, jusqu’à l’hôpitaloù « on a l’impression que tout le monde est malade parce qu’il n’y a pas assez de médecins » ou, dans un autre exemple, dans le secteur de la Justice « où l’on peut croire qu’il n’y a dans ce pays que des problèmes devant les tribunaux ». Parce que le Sénégal manque de personnel, contrairement à ce que l’on veut faire croire ; il suffit d’ailleurs de réentendre l’Union des Magistrats le 3 mai dernier sur les causes des longues détentions préventives contre lesquelles elle veut se battre.

 

Le Sénégal devrait donc doubler son effectif administratif pour un meilleur service à la communauté…et dégager les moyens pour ces nouvelles rubriques, tel que le veut le bon droit administratif. La question ne serait plus alors ce que ces fonctionnaires coûtent au contribuable pour un service moyen, mais « combien les fonctionnaires rapportent-ils à l’État au quotidien ? »

 

Le tout numérique au Cap-Vert, en Ile Maurice et au Rwanda, par exemple, a donné une administration des plus performantes et des plus économiques ; l’Ile Maurice est ainsi unanimement reconnue comme « le pays le plus avancé dans l’administration économique de l’Afrique » ; elle est ainsi le premier pays africain à avoir une longueur d’avance sur les autres en matière d’administration électronique. Selon l’E-Government Development Index (Egdi), cette île située à l’ouest de Madagascar a surclassé l’Afrique toute entière. Le rapport commandité par la Banque Mondiale salue ainsi l’informatisation de l’administration depuis les années 90. (https://www.techenafrique.com/2017/10/afrique-lile-maurice-le-plus-avance-dans-ladministration-electronique).

D’autre part, « En misant sur le numérique, le Cap-Vert a réussi de grands bonds en avant. L’objectif étant de palier le manque d’infrastructures, d’assurer la continuité géographique dans le pays pour relier les différentes îles et impliquer sa forte diaspora composée de 1,7 million de personnes. Une vraie volonté politique qui se reflète sur les performances de l’administration et de ses systèmes lesquels sont organisés en fonction des besoins du citoyen depuis sa naissance jusqu’au décès. De ce fait, tous les citoyens bénéficient du même niveau de service et d’accès égal à l’information ».

Le Cap-Vert mène aujourd’hui le peloton de tête en Afrique de l’Ouest à l’E-Government Development Index (Egdi) qui mesure la quantité et le périmètre des e-services publics, et il est 4ème au classement à l’échelle du continent africain. Cette année, le Cap-Vert n’a pas manqué le rendez-vous 2019 du « Mobile World Congress », le plus grand salon du mobile au monde, tenu à Barcelone du 25 au 29 février 2019. » (Source : CIO Mag, 6 mars 2019).

Privatiser, comme au Rwanda ?

Enfin, avec la société RwandaOnline, le gouvernement dirigé par Paul Kagamé s’est lancé depuis 2014 dans la digitalisation de la totalité des services publics de l’Etat en créant Irembo, un service de e-gouvernement pouvant réduire l’écart entre les 11,8 millions de citoyens rwandais et l’administration, en quelques clics. « Au Rwanda, nous bâtissons notre économie grâce aux technologies ». Une mutation qui inspire déjà plusieurs pays d’Afrique parmi lesquels le Ghana, l’Ouganda ou encore le Bénin qui suivraient de près les résultats de l’expérience Irembo.

Dématérialiser les relations entre l’administration et les citoyens est donc une étape essentielle vers la bonne gouvernance, faute d’une gouvernance vertueuse ; il conduit ainsi à réduire les risques de circulation des moyens financiers et à tendre vers l’unicité des caisses.

 

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1-République du Sénégal, MFPRERSP/Dage : Etude sur le système de rémunération au sein de l’administration sénégalaise, rapport final, 30 novembre 2015, pages 5 et 6.




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