Coronavirus : les leçons africaines

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L’Afrique a démontré face à la pandémie une capacité
d’adaptation et d’innovation sur laquelle il faudra capitaliser.
Mais d’autres maladies viendront et le système de santé global,
solidaire et durable dont le continent a besoin reste à bâtir. C’est
la conviction de cinq anciens ministres de la Santé.
Cette tribune est co-signée par :
Nora Berra, ancien ministre de la Santé, France
Abdou Fall, ancien ministre de la Santé, Sénégal
Diye Ba, ancien ministre de la Santé, Mauritanie
Dorothée Kindé-Gazard, ancien ministre de la Santé, Bénin
Samira Meraï-Friaa, ancien ministre de la Santé, Tunisie
La pandémie du Covid-19 a surpris tant par sa brutalité d’apparition que par son
effet dévastateur sur les populations à l’échelle du monde. Chaque pays a été pris
de court, essayant d’apporter les réponses politiques et sanitaires à la hauteur de
la crise. Même si l’activité humaine reprend désormais dans la plupart des pays
touchés en Asie et qu’en Europe les stratégies de déconfinement se préparent, le
covid19 continue à menacer.
La situation sanitaire inédite a suscité et nourri beaucoup de débats. Alors qu’en
France, les tergiversations portaient sur la capacité à multiplier les lits de
réanimation, sur la disponibilité d’équipements de protection comme les
masques ou sur la pertinence de l’utilisation de chloroquine, au Royaume Uni ou
aux États-Unis, on se demandait s’il fallait confiner les populations ou laisser se
développer une immunité de masse.
EN AFRIQUE, LES AUTORITÉS NE SE SONT PAS LAISSÉES SURPRENDRE
Sur le continent africain, la situation a été toute autre, marquée par des décisions
rapides et efficaces.
À la faveur de la survenue plus tardive de l’épidémie en Afrique, les autorités ne se
sont pas laissées surprendre, bénéficiant de l’expérience de la gestion de
l’épidémie sur les autres continents. Ainsi, des mesures sanitaires, financières et

sécuritaires avec un confinement plus ou moins strict, ou un couvre-feu, selon les
pays, ont été prises précocement. Quant au traitement par chloroquine, bien
connu en Afrique, il a souvent été instauré systématiquement.
Réactivité des États
La fragilité des systèmes de santé en Afrique n’a pas empêché la réactivité des
États ; souvent la riposte a profité d’équipements et d’un savoir-faire hérités des
épidémies antérieures, notamment de la gestion de l’épidémie d’Ebola, qui a doté
les pays concernés de ressources humaines compétentes et d’infrastructures
adaptées. L’expérience du triage des patients à l’entrée des hôpitaux a été un
acquis supplémentaire.
Même la faible densité médicale a parfois été compensée par des acteurs certes de
nature culturelle et propre à l’Afrique, mais efficaces : les relais communautaires
qui, à travers leurs comités locaux, ont participé activement à la sensibilisation des
populations, avec une utilisation importante des réseaux sociaux, les autorités
religieuses qui ont elles aussi pris des décisions pour endiguer l’épidémie.
Innovations locales
Mais le plus spectaculaire est la capacité de la société civile et des autorités à
développer et soutenir des innovations locales. L’absence de mécanismes de
solidarité internationale face au Covid-19 a engendré une émulation créatrice
immédiate. Très vite, le Maroc était en capacité de produire cinq millions de
masques par jour, rendant jaloux bien des pays occidentaux. Au Sénégal, de jeunes
chercheurs ont conçu et fabriqué rapidement et à bas coût des respirateurs
artificiels.
L’AFRIQUE A SU CRÉER SON ÉCOSYSTÈME POUR FAIRE FACE À LA PANDÉMIE
Les solutions technologiques sont nombreuses, à chaque fois adaptées à
l’environnement local et aux moyens disponibles : applications numériques pour
informer et recenser les cas (Algérie), détecter et lutter contre les fausses
informations (Tunisie) ou réaliser des autodiagnostics (Burkina Faso), drones
autonomes pour livrer des fournitures médicales ou des médicaments (Nigéria),
plateforme de télédiagnostic utilisant l’intelligence artificielle pour le diagnostic
du Covid-19 (Kenya), dispositifs mécaniques de lavage des mains et de bavettes en
tissu ou masques alternatifs (Bénin), etc…
Capitaliser sur l’inventivité
Bref, l’Afrique a su créer son écosystème pour faire face à la pandémie. Cependant,
l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Parmi les 3,5 millions de cas répertoriés dans le
monde, seuls 12 % sont recensés sur le continent africain et ces cas sont moins
graves.

Pourtant, l’Afrique n’est pas à l’abri de nouvelles crises sanitaires bien plus
dévastatrices au regard des évolutions épidémiologiques annoncées, en terme de
maladies infectieuses ou chroniques, et les systèmes de santé actuels ne seront
pas assez solides.
Pour y face, il faudra capitaliser sur l’inventivité des pays du sud, s’inspirer des
approches innovationnelles plus frugales et agiles qui pourront s’adapter en
période de crise et enfin ouvrir la voie aux partenariats public-privé en santé.
Il faudra aussi enfin bâtir ce système global, solidaire et durable, s’appuyant sur
des coopérations scientifiques et sanitaires solides, des transferts de compétences
médicales et stratégiques et faire émerger des partenariats justes et équitables.




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